Augustas Serapinas s’intéresse à la pratique socialement engagée et non matérielle de précédentes générations d’artistes, comme celle qui a émergé à l’époque de sa naissance. Le début des années 90 a vu l’essor de l’approche « relationnelle » de la pratique artistique « avec, pour et à travers d’autres personnes ». Cette définition pourrait également convenir au commissariat d’exposition ou « curatoriat », un autre néologisme apparu au cours de cette même période.

Ses expériences d’interactions sociales partent d’une ouverture à la rencontre qui, comme l’indique le philosophe Alain Badiou, « diffère de l’expérience parce qu’elle s’appuie toujours sur l’improbabilité ». La rencontre (en tant que possibilité, acte ou, si on préfère, manifestation du libre arbitre) s’oppose de manière fondamentale à la notion d’identité (qui est essentiellement un outil de régulation de l’uniformité) et certainement à son instrumentalisation en tant que politique de l’identité.

Cependant Serapinas n’est pas exclusivement concerné par le non-matériel et l’interpersonnel. Il s’attelle aussi à la construction d’« espaces secrets » : des poches de subjectivité taillées dans l’infrastructure rationnelle que la société tente d’ériger pour elle-même.

 

GEORGES

2014

Après des projets tels que By the Illuminator (2013, un site à Vilnius consacré à la solitude méditative dans une canalisation sous une autoroute, à proximité d’une rivière) ou Secret Space in the National Gallery (2014, une salle de pause-café cachée et inaccessible dans le musée national de Vilnius), Serapinas a étroitement collaboré avec Georges Uittenhout, le technicien en chef du M HKA : ensemble ils ont repéré des espaces dissimulés, oubliés, et inutilisés dans le musée. Avec pour résultat que Serapinas a découpé un trou dans les murs des salles d’exposition du rez-de-chaussée, permettant au public de pénétrer dans un puits étroit, long et très profond.

Pour préparer cette activité chronophage, qui n’ajoute aucun objet à l’exposition (si on ne tient pas compte des petites modifications opérées dans l’espace pour des raisons de santé et de sécurité), mais expose le musée en soi en tant que lieu qui recèle des secrets, Serapinas a étudié l’histoire de l’édifice et de son environnement immédiat. Le quartier du « Sud » à Anvers s’est redéveloppé dans les années 1870 et 1880, faisant office jusque dans les années 1960 de plateforme de transport, avec des docks et une grande gare. Une partie des archives visuelles (mise à sa disposition par la bibliothèque patrimoniale Hendrik Conscience) dans lesquelles il a effectué des recherches est publiée dans le catalogue. (AK)

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Augustas Serapinas, GEORGES, 2014, photo: M HKA

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Augustas Serapinas, GEORGES, 2014, photo: M HKA