Donna Kukama utilise la performance pour rendre apparents les mouvements, tensions et émotions de la société contemporaine. Pour poser un diagnostic, et peut-être même guérir la société, pourrait-on dire, si ce n’était un postulat aussi stéréotypé sur l’Afrique du Sud. Le pays d’origine de Kukama est son arène principale, bien qu’elle travaille aussi ailleurs sur le continent africain, et en Europe. Si elle réalise des performances dans des espaces « réels » – rues, places publiques et centres commerciaux – où se trouvent des personnes « réelles », elle y introduit toutefois une spécification significative : « La moitié du temps, il s’agit d’espaces réels et de personnes réelles, l’autre moitié du temps, le tout est imaginé, dans le passé ou dans le futur. »

L’art de Kukama crée des images visuelles fortes ouvertes à une interprétation socio-politique. Elle tente de combiner la solidarité de la militante politique au non-alignement de l’artiste. Son œuvre prend tout son sens quand elle se fait commentaire sur les attentes des gens et leurs frustrations à l’égard des réalités sociales, mais aussi quand elle fait office de réponse au cadre dans lequel l’artiste a choisi de travailler : l’histoire de l’art dans sa forme « universelle », c’est-à-dire dominée par l’Occident.

 

THE SWING (AFTER AFTER FRAGONARD)

2009

Tout cela est montré très clairement dans la vidéo de la performance The Swing (After After Fragonard). Habillée de blanc et perchée sur une balançoire suspendue à un autopont, Kukama s’est tranquillement balancée, et a lancé des billets de banque dans la rue qu’elle surplombait, où des passants se bousculaient pour les ramasser. Peut-être une justice poétique a fait céder la balançoire, entraînant sa chute et lui causant une fracture douloureuse de la jambe.

 

NOT YET (AND NOBODY KNOWS WHY NOT)

2008

Ceci est une autre œuvre qui crée des images en direct, susceptibles de répondre à l’environnement où elles se déroulent, comme si elles incarnaient la connaissance de la situation politique abordée. Kukama se tient debout dans un champ à Nairobi tandis que des participants quittent un rassemblement célébrant la révolte des Mau Mau contre le colonisateur britannique dans les années 50. Au début, on la voit mettre du rouge à lèvres, ce qui pourrait indiquer, ou pas, une forme de respect envers les passants plus âgés. Mais petit à petit, elle déborde les lèvres et se met à en appliquer sur tout son visage qui devient rouge sang. Les combattants de la liberté qui quittent les lieux pourraient interpréter ce geste comme une allégorie, ou même comme une illustration, mettant en lumière leurs attentes politiques pour la plupart non réalisées. (AK)

Donna kukama not yet  2009

Donna Kukama, NOT YET (AND NOBODY KNOWS WHY NOT), Public intervention in Uhuru Park, Nairobi, 2008, photo: Justus Kyalo

Donna kukama the swing 2009

Donna Kukuama, THE SWING (AFTER AFTER FRAGONARD), Performance in Johannesburg, 2009, ​photo: Matthew Burbidge