Haegue Yang illustre le changement paradigmatique en cours quant à l’intelligence qu’utilisent les artistes pour redéfinir les questions d’identité. Pour Yang, l’art est une forme de militantisme poétique et elle y mêle diverses conceptions de l’identité (des discours féministes aux idées liées à l’immigration, aux classes sociales et au déplacement). Une telle « intersectionalité », en ce qu’elle décrit les relations qui se tissent entre les expériences, les structures de pouvoir et la société, est à l’œuvre au sein de sa pratique multiple à un niveau formel abstrait. En combinant de nombreux éléments traditionnellement issus de la sphère domestique (meubles, lampes, porte-manteaux et stores), différents matériaux, naturels et artificiels, sont invités à co-exister. Souvent, les œuvres adoptent même des caractéristiques anthropomorphes, ce qui permet aux spectateurs d’assumer un rôle implicite en donnant naissance à des relations subjectives aux œuvres, mais aussi entre eux, via les dispositifs que l’artiste crée.

  

VIP’S UNION

2001–2014

VIP’s Union constitue une des œuvres formatrices de Yang. Elle se base sur l’idée de rassembler des chaises et des tables empruntées à de nombreuses personnes considérées comme « importantes » dans le cadre de leur profession et liées à la ville où s’organise l’exposition, en l’occurrence Anvers. Ces objets, qui ont quitté les divers espaces domestiques ou professionnels de leurs propriétaires, forment une communauté provisoire dans l’espace de la galerie, et dressent les portraits des diverses expressions stylistiques et statuts sociaux de ces individus, de leurs vies, de leurs activités et de leurs aspirations. Ici, Yang crée un espace offert au collectif et à l’engagement, où la distinction traditionnelle entre le design fonctionnel et l’objet d’art n’a plus de pertinence, fruit de la générosité des prêteurs qui ont accepté de partager et d’offrir leurs objets.

  

BLIND CURTAIN – FLESH BEHIND TRICOLORE

2013

Cette installation grand format est l’une des plus récentes parmi les nombreuses œuvres où Yang intègre des stores vénitiens, œuvres qui lui ont peut-être valu sa célébrité. L’usage du store vénitien, en ce qu’il fait obstacle à la vision, joue un rôle significatif (et signifiant) dans la pratique de Yang. L’artiste a parfois discuté le concept de « communautés d’absence » (communautés de personnes qui existent dans les marges, souvent hors de vue) que les stores évoquent sur le mode allégorique. Présentée dans la vaste « salle triangulaire » au M HKA, les visiteurs de l’exposition pourront appréhender l’œuvre selon les différents points de vue du rez-de-chaussée et du balcon du premier étage. Blind Curtain – Flesh behind Tricolore offre clairement un intérieur et un extérieur en termes de composition et de couleurs, et met en scène le scénario d’un « intérieur organique et de couleur peau » et un « extérieur géométrique et en couleur primaire » au sein de l’architecture existante. (NH)

Artist Website

H yang stores 020 mb

Haegue Yang, BLIND CURTAIN – FLESH BEHIND TRICOLORE, 2013 (detail), photo: Mathieu Bertola, Musées de la Ville de Strasbourg

Vipsunion artforumberlin view 01 2001

Haegue Yang, VIP’S UNION, 2001–2014 (installation view), photo: Haegue Yang