L’art de Juha Pekka Matias Laakkonen tend à un degré zéro de visibilité, où l’on peut attendre une récompense spirituelle. Certaines de ses œuvres sont des exercices d’une méticulosité extrême qui se déroule en l’absence de tout témoin et ne peuvent donc être validées que par leur auteur. Celui-ci peut choisir de nous tenir au courant ou de ne rien dire. D’autres œuvres produisent des objets comme traces de ses actions.

 

WALKING FROM YAKUTSK TO HELSINKI IN 5.3 MILLION STEPS

2009

Pour cette œuvre, Laakkonen a passé 176 jours à marcher dans et autour de la ville de Iakoutsk, en Sibérie orientale, ce qui correspond au nombre de versets de la Genèse allant de la Création au Déluge. Le nombre de pas indiqué dans le titre lui aurait permis de rentrer dans sa ville natale de Helsinki, mais fait également référence à la taille de la population finlandaise. Tout au long de la performance, alors que la température varie de – 50° à + 40°, Laakkonen porte la même paire de bottes en peau de renne qu’il lui-même fabriquée et éculée au cours du processus.

 

TSIMTSUM

2014

Une autre « œuvre de voyage » dont tous les composants (la valise en cuir fabriquée à la main, sa poignée en bois, le feutre et le papier d’emballage) sont présentés, excepté les objets ayant laissé des empreintes quand l’auteur s’est assis sur la valise remplie en se rendant à l’exposition. Le titre fait référence à la notion kabbalistique de réduction ou de présence dans l’absence.

 

ESTRAPADE

2014

La nouvelle œuvre de Laakkonen, encore en chantier, a également commencé comme un voyage. Il a d’abord abattu un arbre et acheté de la laine dans une ferme de la municipalité quasi uniquement suédophone de Korsnäs, près de la mer de Botnie à l’ouest de la Finlande. Puis il a répété le processus dans la municipalité quasi exclusivement finnophone d’Ilomantsi, à proximité de la frontière avec la Carélie russe, à l’est du pays. Le bois a servi à fabriquer un métier à tisser traditionnel et la laine filée à la main à confectionner la trame d’un futur tissage. Laakkonen effectuera à pied la distance entre les deux villes pour collecter dans différentes fermes de plus petits ballots de laine, qui deviendront des fils de chaîne, et des objets pour les peser. Avec le tissu obtenu, il façonnera un vêtement qu’il portera quand il refera le trajet une troisième fois pour rendre les objets empruntés. L’œuvre s’appuie sur l’interaction entre les personnes qui vivent et travaillent le long de sa route, et sur leur connaissance de leur propre pays. (AK)

Juha laakkonen tsimtsum 2013

Juha Pekka Matias Laakkonen, TSIMTSUM, 2014 (detail), ​photo: Juha Pekka Matias Laakkonen

Juha laakkonen yakutsk to helsinki 2009

Juha Pekka Matias Laakkonen, WALKING FROM YAKUTSK TO HELSINKI IN 5.3 MILLION STEPS, 2009, photo: Terje Östling