Le point de départ de Maria Taniguchi est le temps individuel, subjectif – notamment pour ses tableaux monochromes sans titre, peints à l’acrylique noir sur toile tendue. Leur grille visuelle uniforme s’inspire du schéma répétitif le plus simple de la maçonnerie. Les murs ainsi érigés ne sont pas assez épais pour tenir sans appui, mais sont souvent utilisés dans la construction moderne pour former la « peau » ou la façade d’un immeuble. Toutefois, la surface de chaque tableau individuel se désintègre visiblement en taches de forme et de taille irrégulières. Faisant écho aux giornate des fresques du Moyen-Âge tardif, elles sont les témoins du processus de peinture qui indique la limite d’une journée de travail.

 

SANS TITRE

2012–2014

Contrairement aux maîtres italiens, qui devaient plâtrer un segment de mur le matin et avoir achevé de le peindre à la fin de la journée, Taniguchi ne fait aucun effort pour effacer ces marques et les inclut dans l’ensemble de la composition. Celle-ci réside précisément dans ces différences apparentes entre les dimensions temporelles variables dans lesquelles l’artiste en personne vit et travaille. Ces différences apparentes sont sa composition. Elle n’admet que les variations causées par le processus de travail en tant que tel : le taux variable de pigments par rapport au support, l’influence des conditions atmosphériques sur le temps de séchage, les perturbations externes occasionnelles (quand un chien se repose pendant des heures sur la toile tendue à fond).

Il n’y a pas de véritable contradiction entre la maçonnerie en tant qu’unité de mesure du rapport travail-temps ou indicateur d’un espace construit, au sens le plus direct du terme. La restriction de la grille nous aide à apprécier la liberté que des variations de touche et de ton, même minimales, donnent à n’importe quelle formule choisie.

 

SANS TITRE (DAWN’S ARMS)

2011

Dans ses vidéos, Taniguchi retrace toujours le processus de création et de contemplation, mais cette formule lui permet d’être une spectatrice curieuse plutôt qu’une rapporteuse de l’intérieur de son propre laboratoire. Prendre une partie pour représenter le tout peut être plus explicite quand une autre personne ou chose se trouve devant la caméra. Par exemple, une partie du corps, comme dans l’installation vidéo Sans titre (Dawn’s Arms) où l’on voit un carrier dans une carrière de marbre sur l’île de Romblon aux Philippines taillant une réplique des bras de la statue (intitulée Morning) qui se reflète dans l’eau stagnante de la fontaine du pavillon de Ludwig Mies van der Rohe à Barcelone. (AK)

Artist Website

Maria taniguchi dawn's arms 2011

Maria Taniguchi, UNTITLED (DAWN’S ARMS), 2011 (video stills), photo: Maria Taniguchi and Silverlens, Manila and Singapore

Maria taniguchi untitled 2

Maria Taniguchi, UNTITLED, 2012, photo: Rachel Rillo

Maria taniguchi untitled 2012

Maria Taniguchi, UNTITLED, 2012, photo: Rachel Rillo