Nadejda Grichina relie la performance en public et l’image en mouvement. Ses installations vidéo sont à la fois théâtrales (parce qu’elles reposent sur le mouvement, le rythme, l’allure et autres expressions d’intensité physique) et critiques (parce qu’elles posent un diagnostic et parodient la réalité qu’elles reformulent sous forme de spectacle). L’œuvre de Grichina puise sa force dans certains des courants les plus puissants de la culture russe : l’art de la narration et l’art du théâtre. Néanmoins, elle utilise rarement des dialogues et ne fait pas appel à des acteurs professionnels. Elle travaille au contraire de manière expérimentale à partir de la réalité semi-articulée de la « vie numérique », étiolée sur le plan émotionnel, très largement adoptée par nos contemporains. Elle a inventé un nouvel assemblage de séquences montées et d’accessoires mécaniques ou électroniques dans lesquels il est difficile de séparer l’humain de la machine.

 

NO-GO MACHINE

2013

Ce n’est pas une coïncidence si la qualité d’ordre mécanique des œuvres de Grichina se reflète dans leurs titres. Le meilleur exemple de sa méthode astreignante est l’œuvre intitulée No-Go Machine. Le « système » qu’elle présente paraît conçu précisément pour briser ceux qui acceptent d’y assumer une fonction. Grichina écrit à ce sujet : « La No-Go Machine est un espace où l’action théâtrale est invertie. La scène est la pyramide hiérarchique du système de gouvernement, avec des agents à leur place appropriée. Chaque niveau de la pyramide correspond à un niveau du jeu. Le niveau supérieur exerce un contrôle sur les niveaux inférieurs – tout se déroule selon les règles. Mais les joueurs manquent de volonté : leurs actions sont dictées par des stimulations et des réactions primitives. Absorbés par le jeu, ils tapotent sur leur clavier et fixent leur écran. Leur comportement irritable, qui reflète la plasticité du mouvement contemporain, nous donne à voir un concentré de la tension simulée d’une action inefficace. »

 

POINT

2014

Le protagoniste masculin de la nouvelle œuvre de Grichina, qu’elle présente sur écran plat et en projection, se débat pour s’imposer à une tête prothétique, impérieuse et imprévisible. Grichina relie le spectacle théâtral à la spéculation psychanalytique, à nouveau par le biais du mouvement corporel et de la « voix parlée » plutôt qu’à travers des mots qui nécessitent une traduction. L’homme est dans la tête, mais celle-ci veut le dominer alors qu’il lutte pour prendre le contrôle de la tête et de lui-même. (AK)

Nadezhda grishina no go machine 2013

Nadya Grishina, NO-GO MACHINE, 2013, photo: Nadya Grishina

Nadya grishina no go machine 2013 2

Nadya Grishina, NO-GO MACHINE, 2013, photo: Nadya Grishina

Nadya grishina point 2013 2

Nadya Grishina, NO-GO MACHINE, 2013, photo: Nadya Grishina