Quel type d’identité un artiste peut-il se forger quand il vit et travaille dans un océan de données si facilement accessibles ? Dans des conditions de surinformation, il peut soit devenir un collectionneur compulsif (qui constitue une bibliothèque, sans jamais lire de livres), soit un ermite (qui se retire dans son propre corps et esprit). Barateiro navigue entre ces deux extrêmes avec la précision requise. La vraie difficulté est d’admettre les références au monde extérieur dans sa pratique sans que celles-ci interfèrent avec sa boussole interne.

Durant le forum Just Who Do You Think You Are? à Cinema Zuid, le 14 juin, Barateiro projette le film We Belong to Other People When We Are Outside (2013), qui juxtapose un texte lu par un acteur et une actrice, et des images d’œuvres d’art contemporaines, images que Barateiro collectionne depuis un certain temps, scindant la conscience en au moins deux personnages parlants. Le film est une œuvre de navigation : entre différentes visions du statut d’auteur et différentes lectures de la subjectivité.

 

THE ACTORS

2014

Des objets et des images comme sujets. Ce thème, Barateiro l’aborde également dans d’autres œuvres – lectures-performances, ses livres d’artistes, installations, peintures et dessins – notamment dans ce film d’animation, qui s’inspire d’une série récente de dessins à l’encre de Chine sur papier blanc. Du point de vue technique, l’animation consiste à faire tournoyer ces dessins successivement à l’écran et hors champ. Mais le film anime aussi les images délibérément fixes de « toiles de fond » cartoonesques, de « clowns » ou de « pizzas » et les transforme en scénarios ou personnages actifs. Quand on les regarde danser, on les voit agir.

 

CURFEW

2013

La figure animale s’inspire d’une sculpture analogue confectionnée par les tribus Luena de la région de Dundo, au nord-est de l’Angola actuel. La pièce originale est conservée au Musée de Dundo, construit en 1936 par la société nationale diamantifère, une entreprise coloniale portugaise. L’œuvre et son titre reflètent deux des rôles que joue Barateiro en sa qualité d’artiste : celui de connaisseur (de l’histoire de l’art et de la culture de masse contemporaine) et celui de commentateur (de l’histoire coloniale et de la politique actuelle). Le terme anglais de curfew est une déformation du mot français couvre-feu, « couvre ton feu ». C’est un moment de calme forcé, imposé dans une situation exceptionnelle, comme la politique d’austérité à laquelle le Portugal est actuellement assujetti. La créature mi-animale au regard intense représente un court-circuitage de ce qu’on croit voir. (AK)

Artist Website

Pedro barateiro curfew 2013

Pedro Barateiro, CURFEW, 2013 (detail), photo: Catarina Oliveira

Pedro barateiro the actors 2014 still

Pedro Barateiro, THE ACTORS, 2014 (video still), photo: Pedro Barateiro and Galeria Filomena Soares, Lisbon

 

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